4 novembre 2015

Aller-retour NYC-Paris

Durant la séance du 04/11/2015, dans le cadre d'un questionnement sur l'influence de la rotation de la planète sur le mouvement, nous avons été confrontés au problème suivant :
Comment peut-on expliquer la différence la durée d'un vol allant de Paris à New York et celle du vol retour ?
Cette différence est-elle due à la rotation de la Terre ?
En effet, nous avons appris qu'il existe une différence conséquente entre la durée du vol Paris-New York, qui est de 8h environ, et celle d'un vol dans le sens contraire, qui est de 7h15.
Cependant, il nous a paru aberrant de penser que cette différence pourrait être due au fait que la Terre tournerait sous l'avion sans que celui-ci ne soit entraîné, cette rotation rapprochant l'avion de sa destination dans un sens mais l'éloignant dans l'autre.
Néanmoins, nous avons décidé de vérifier cette hypothèse par des calculs.
Pour cela, nous nous sommes placés dans le référentiel terrestre (les positions et les mouvements sont étudiés par rapport à la Terre).
Le trajet emprunté par les avions voyageant entre Paris et New York couvre une distance de 6000 km environ.  À l'aller, la vitesse de l'avion est donc de $\frac{6000}{8} = 750 km/h$
 tandis qu'au retour elle est de $\frac{6000}{7,25} \approx 827,6 km/h$ Il y a une différence de 77.6 km/h entre ces deux vitesses.

Supposons que cette différence soit due à la rotation de la Terre, qui ajoute une vitesse x à celle de l'avion dans un sens, et qui soustrait cette même vitesse dans l'autre sens. En notant v la vitesse de l'avion sans prise en compte de cet ajout ou de cette soustraction, on obtient le système d'équations suivant :
\\left\\{\\begin{array}{l}
v+x=827,6 \\\\
v-x=750

\\end{array}\\right.

Cela voudrait dire qu'un point de l'itinéraire au niveau de la surface de la Terre aurait pour vitesse 38.8 km/h dans le référentiel géocentrique (par rapport au centre de la Terre). Or, l'itinéraire Paris-New York se situe à une latitude d'environ 45° N, latitude pour laquelle la vitesse d'un point serait de 1180 km/h environ :
En utilisant la trigonométrie, on peut calculer le rayon r d'un parallèle de latitude q à partir du rayon de la planète R comme suit: $r = R \cdot sin \theta$
Donc pour une latitude de 45°N, le rayon du parallèle vaut $6371 \cdot sin(45) \approx 4505 km $
Sa circonférence est donc $2 \times \pi \times 4505 \approx 28306 km $
La Terre effectuant un tour complet autour d'elle même en un jour, un point de ce parallèle parcourt 28306km en 24h. Sa vitesse est donc de $\frac{28306}{24}\approx 1179 km/h$
Cela réfute donc l'hypothèse selon laquelle la différence observée serait due directement à la rotation de la Terre.
Pour proposer une explication au problème, nous avons alors émis l'hypothèse, plus probable, que la différence aurait pour cause un mouvement de l'atmosphère (autrement dit le vent). En effet, si l'atmosphère se déplaçait d'Ouest en Est à une vitesse telle que l'avion serait ralenti de 38.8 km/h en allant à New York et telle qu'il serait accéléré de 38.8 km/h dans l'autre sens, le problème serait alors résolu.

Critique de la vidéo de l'imam et mise en relation avec les thèses de Ptolémée


I-La thèse de l’Imam

 Lors d’un séminaire, l’imam Bandar Al-Khaybari a affirmé que le mouvement rotatif de la terre était impossible car je cite :  « Si nous prenions l’avion pour aller en Chine, nous tournerions en avion pendant que la Terre tournerait elle aussi. Nous ne pourrions donc jamais atteindre la Chine. ».Il ajoute à sa thèse le fait que : « Le Très-Haut a dit que la maison peuplée [d’anges] qui se trouve dans le ciel tomberait sur La Mecque si elle venait à tomber. Or, si la Terre tournait, la maison risquerait de tomber non pas sur La Mecque, mais dans la mer. ». Mais l’imam n’aurait-il pas dû se dire qu’il pouvait y avoir une possibilité que le mouvement de la terre n’ait aucune influence sur l’avion? Quant à son deuxième argument ,basé sur un fait coranique, on ne peut pas le relier au premier car ils ne sont pas de même nature, on décide donc de ne pas le traiter dans notre travail de recherche scientifique.


II-Géocentrisme ou Héliocentrisme ?

Afin de pouvoir confirmer ou contredire la théorie de l’imam , nous allons nous intéresser aux thèses de Ptolémée, astronome et astrologue grec du II siècle ap . JC. Rappelons tout d’abord ce qu’était que le Cosmos selon Platon. Le philosophe fait de la Terre le centre de l'univers. D'après lui, la Lune, puis dans l'ordre le Soleil, Vénus, Mercure, Mars, Jupiter et Saturne tournent sur des orbites circulaires autour de la Terre. C’est ce qu’on appelle le système géocentrique. Mais ayant observé que la luminosité des astres variait au cours du temps, Ptolémée, ajouta à la théorie de Platon le fait que les astres possédaient aussi une petite orbite circulaire, nommée l’épicycle, attachée à la première. Les planètes se déplaceraient donc sur cette orbite attachée au cercle déférent de la terre. Ce modèle défendu par Ptolémée ,dans la lignée du modèle géocentrique, sera considéré comme référence absolue en matière d’astronomie jusqu’au 16ème siècle.

Schéma représentant le système de Ptolémée
(Cliquer pour agrandir)
(source : www.astrosurf.com )

La thèse de Ptolémée n’est donc pas en contradiction avec ce que dit l’imam !

Cependant ,Copernic, un astronome polonais , propose en 1543 un modèle héliocentrique du monde, dans lequel tous les mouvements planétaires sont centrés autour du Soleil. De plus,il affirmera que la Terre n'est ni immobile, ni au centre du monde. Elle est en effet animée de 2 mouvements : l'un sur elle-même en 24h, et l'autre autour du Soleil en un an, faisant de la Terre une planète comme les autres. Copernic ne réussira pas à prouver sa théorie mais 150 ans plus tard, Galilée réalisera des observations astronomiques grâce à l'utilisation d'une lunette astronomique et énoncera les premiers prinicpes mécaniques justifiant l’héliocentrisme. Kepler sera par la suite à l’origine de trois lois décrivant les propriétés principales du mouvement des planètes autour du soleil.
Revenons en donc à l’imam. Les preuves apportées par Galilée supportent l’idée d’un modèle héliocentrique. La théorie de Ptolémée est donc réfutée. Mais une question reste en suspend : Comment un avion peut –il atteindre sa destination alors que sa vitesse de croisière est inférieure à la vitesse de rotation de la terre ?                                                                            
L’une des principales propriétés du mouvement des planètes définies par Kepler est que la terre a un mouvement uniforme. C’est cette uniformité qui permet à un avion d’atteindre sa destination ,malgré une vitesse de croisière inférieure à la vitesse de rotation de la terre .



 la suite dans nos prochaines recherches ...



Philosophie : Platon et Aristote

Nous avons introduit cette 3ème séance par l’étude du célèbre tableau de Raphael : L’école d’Athènes. Les figures centrales de ce tableau  sont les philosophes grecs Platon et Aristote. Les deux grands hommes de science dialoguent, et leurs postures semblent refléter leurs pensées. Platon est représenté le bras tendu vers le ciel et semble être ancré dans la théorie, plus précisément la « Théoria ».

(Cliquer pour agrandir)




Mais qu’est-ce la Théoria ?  



C’est une théorie qui soutient la contemplation des idées, et celle-ci est le fondement de la philosophie platonicienne. En effet, d’après Platon, la théorie et la pratique sont deux notions incompatibles ; « l’âme ne raisonne jamais mieux que quand jamais rien ne la trouble ». Il faut donc se détacher de toute croyance et sentiment pour accéder à la connaissance.

Mais ne serais-ce pas nier notre corps et ce qui nous rend humain ? Pourtant Platon défend cela, et affirme qu’il faut se détacher de ses sens corporels.
 Le Phédon, dialogue de Platon souligne que « les sens corporels ne sont ni exactes ni surs », que les sens ne sont pas fiables et qu’ils ne permettent pas la contemplation des essences. La pratique est méprisée, la pratique n’est que futile, la vraie connaissance repose sur les idées.
En effet, pour le philosophe, le monde dans lequel nous vivons n’est fait que d’illusions qui troublent nos pensées.



Cette théorie platonicienne nous fait penser à la célèbre toile de Magritte « Ceci n’est pas une pipe ». 

Cette œuvre illustre la trahison des images, c'est-à-dire que l’intension de Magritte était de montrer que même peinte de la manière la plus réaliste qu’il soit, une pipe représentée dans un tableau n’est pas une vraie pipe. 

Cela rejoint la théorie de Platon, considérant les images existant sur Terre comme des illusions, troublant nos pensées.


Pourtant, Aristote, représenté aux côtés de son formateur, ne partage pas le même point de vue, et demande à Platon de redescendre sur terre, cette idée même etant symbolisée par le bras d’Aristote clairement dirigé vers le sol, vers la Terre.

Ce qui intéresse Aristote, c’est l’expérience.

Ce philosophe peut être assimilé à un anti-platonicien,  car il est à l’extrême de la théorie. Ca ne fait pourtant pas d’Aristote un meilleur scientifique, car, l’expérience d’Aristote, malgré les manipulations et les observations, est dépourvue de mesures, et cela fait que ses expériences sont sujettes à des approximations et donc des hypothèses. Mais les hypothèses étant représentatives du platonisme, cela crée une fine barrière entre la théorie et la pratique, ils ne cessent s’attirer, mais sont de force casées loin l’une de l’autre. Eloigner des éléments complémentaires, c’est créer un déséquilibre et un débat permanent.
Si l’on fait un saut dans le temps, cet équilibre sera enfin découvert à la Renaissance, lors de la redécouverte des philosophes de l’Antiquité, et où théorie et pratique seront enfin alliées.




« Pourquoi peut ont dire qu’Aristote définit une théorie du mouvement ?»


C’est la question qu’à été posée à l’ensemble des apprentis chercheurs, et a été meublée par un extrait du film Hypatie. Sur cet extrait, Hypatie réalise une expérience sur un bateau où elle laisse tomber un sac de sable sur un bateau un mouvement. Le sac est lâché du mat, et puisque le bâteau est en mouvement, Hypatie suppose qu’il va atterrir derrière le mat. Pourtant celui-ci tombe au pied du mat, comme si le bateau était à l’arrêt. L’hypothèse d’Hypatie étant fausse, elle essaye de comprendre par quel principe le sac se comporte comme s’il était à l’arrêt.


Pour en revenir à Aristote, il explique le mouvement sans utiliser de mesures à cause d’éléments substantiels, qu’on ne peut pas expérimenter. Il se base sur la notion de cosmos, le mot cosmos voulant regrouper tout ce qui est fini et ordonné. Le cosmos est aux antipodes de l’univers. Cette théorie longtemps adoptée par l’Eglise va être abandonné lors de la découverte du principe d’inertie, le principe qu’à pu observer Hypatie sur le bateau


Expérience de la balle de tennis

Nous avons observé une expérience filmée, dans laquelle une balle était éjectée parallèlement au sol à 100km/h dans un sens, à partir de l’arrière d’une voiture roulant à la même vitesse mais dans le sens inverse, puis on observait le mouvement de la balle. Que se passera-t-il ?  

 Au départ, nos avis étaient mitigés. Certains pensaient que la balle allait se diriger dans le sens contraire de la voiture, d'autres  pensaient qu'elle allait suivre la voiture et d'autres encore pensaient que la balle allait tomber au sol à l'emplacement dans l'espace où elle avait été tirée.

L’expérience prouvait que le mouvement de la balle, dans ces conditions, était de tomber droit vers le sol. On peut expliquer cela par le fait que les deux vecteurs, celui de la force de traction provoquant l’accélération vers l’avant de la voiture et celui vers l’arrière exercé par le lanceur automatique de balle, s'annulent, ayant la même norme et la même direction mais des sens opposés. Il ne reste plus alors que la force de gravité, celle qu’exerce le sol sur la balle, vers le bas.

La loi « derrière » ce phénomène est le principe d'inertie. Il peut être utilisé pour prévoir le type de mouvement dont est animé un corps. Si le bilan des forces montre que les forces exercées sur un corps s'annulent, alors il est possible d’en déduire soit l'immobilité soit le mouvement rectiligne uniforme du corps, comme dans l’expérience de la balle.

Le principe d'inertie fut énoncé par Isaac Newton : 
« Relativement à un référentiel galiléen (référentiel dans lequel le principe d'inertie est vérifié), tout corps persévère dans son état de repos ou de mouvement rectiligne uniforme si les forces qui lui sont appliquées se compensent [et réciproquement] » (www.web-sciences.com)

22 octobre 2015

Un échec philosophique

Durant notre première séance, nous avons étudié un extrait du Traité du Ciel d’Aristote. Dans cet extrait, il explique les trois sens différents du mot : « Ciel », OURANOS en grec ancien.

« § 6. Mais disons d'abord ce que nous entendons par le ciel, et combien de sens a ce mot, afin que la recherche à laquelle nous nous livrons en devienne d'autant plus claire. En un premier sens, nous disons que le ciel est la substance de la périphérie dernière de l'univers, ou bien que c'est le corps naturel qui est à l'extrême limite de cette périphérie du monde; car l'usage veut qu'on entende surtout par le ciel la partie élevée et extrême où nous disons que réside inébranlable tout ce qui est divin. Dans un autre sens, le ciel est le corps qui est continu à cette extrême circonférence de l'univers où sont la lune, le soleil et quelques autres astres ; car nous disons que ces grands corps sont placés dans le ciel. Enfin en un troisième sens, nous appelons ciel le corps qui est enveloppé par la circonférence extrême ; car nous appelons ordinairement ciel la totalité des choses et l'ensemble de l'univers. »
Aristote. Traité du Ciel, 279 a. Traduction Barthélémy de Saint-Hilaire.

Introduction

            Ce texte est difficile parce que s’y  entrelacent une manière proprement aristotélicienne d’aborder une notion et une histoire de cette notion dans la culture grecque. La manière aristotélicienne ne consiste pas à répondre frontalement à la question : qu’est-ce que le ciel ? Elle procède à une enquête sur le sens de la notion, à un véritable dénombrement de ses sens. Il faut donc partir des significations reçues du mot grec : Ouranos. « Combien de sens » a le mot Ouranos ?
            Nous sommes déconcertés parce que nous sommes peu habitués à ce recueil de significations- et pourtant, ne faut-il pas commencer par s’entendre sur le sens des mots avant de tenir un discours ? Dans ce paragraphe, Aristote ne prend pas position. Et c’est précisément à la fois ce qui fait la valeur et la difficulté de ce passage. En effet, ces quelques lignes présentent un résumé très condensé d’une manière antique de voir le Ciel. Cette manière n’est évidemment plus la nôtre. Même si nous regardons la même chose, nous ne voyons plus la même chose.
            Ces quelques lignes d’introduction n’ont pas pour but de relativiser la recherche scientifique. Ce n’est pas une simple manière de... Car, lorsqu’on présente plusieurs acceptions d’une même notion, la question qui doit  venir à l’esprit est celle de savoir laquelle est la vraie. Or, dès que nous posons la question du vrai, nous faisons référence à une valeur qui est au-delà de tel ou tel point de vue. On ne peut donc pas confondre la question de la signification (qui relève de la culture) avec la question du vrai (qui relève de normes universelles).
            Mais alors, pourquoi revenir sur ce texte ? Afin de répondre à cette question, il est tout d’abord nécessaire de revenir, dans un premier temps, sur les trois significations retenues par le Stagirite ; puis, dans un deuxième temps, de suggérer ce qui nous sépare d’Aristote, sans aucunement prétendre à l’exhaustivité.

            1) Les trois  significations :

            Première signification : « (...) le ciel est la substance de la périphérie dernière de l’univers,(...) c’est le corps naturel (...) à l’extrême limite de cette périphérie du monde ». Il s’agit de la même signification, même si Aristote l’exprime de deux façons différentes. Or, Aristote justifie cette signification par l’usage : « l’usage veut qu’on entende surtout par le ciel la partie élevée et extrême où nous disons que réside inébranlable tout ce qui est divin ». Mais qui fait un tel usage du  mot Ouranos ? Pour comprendre cette signification, il faut  donc que nous recherchions dans son contexte culturel, dans son milieu de savants de l’époque, un accord sur ce sens du mot Ciel. Aristote n’invente pas cette signification : il ne fait que la rapporter.
            Mais notons au passage que cette signification ne nous  est pas totalement étrangère : car dire que le Ciel est le lieu du divin entre en consonance, sinon en résonnance, avec certaines représentations religieuses liées. Lorsqu’un homme est mort, et qu’il n’a pas vécu trop injustement, certaines croyances consolantes disent : il n’est plus de ce monde, et son âme est montée au ciel. En d’autres termes, la différence monde/ciel, et la symbolique attachée à cette différence, est encore bien présente. En lisant Aristote, nous faisons donc aussi l’archéologie de certaines représentations. 
            Par ailleurs, nous devons être très attentifs au fait suivant : dans cette première  signification, il y a apparemment trois termes, mais c’est un effet de la traduction. Aristote commence son enquête de la manière suivante : « ...τί λέγομεν εἶναι τὸν οὐρανὸν... »- Ce qui est entendu par le mot « ciel ». Ensuite : « nous disons que le ciel est la substance de la périphérie dernière de l’univers » : « ... οὖν τρόπον οὐρανὸν λέγομεν τὴν οὐσίαν τὴν τῆς ἐσχάτης τοῦ παντὸς περιφορᾶς... » Ce qui l’intéresse dans cette signification, c’est le lieu céleste- le tropov ouranov- et ce lieu est rempli d’une substance (qui deviendra, plus tard, l’éther) : tèn ousiav, qui est à la périphérie dernière du TOUT ( tès eskatès tou pantos  périphoras) Le ciel est un lieu ultime qui a sa substance propre, entièrement distincte des éléments que nous trouvons sur terre et dont sont formés les corps terrestre soumis au changement. L’ousia (la substance) du ciel n’a rien à voir avec les éléments de la terre. Du coup, il ne peut y avoir une  unification de l’étude de ce qui se passe sur Terre et de ce qui se passe ( si tant est que quelque chose se passe) dans la substance qui remplie le lieu  céleste.

            Prenons un peu de distance par rapport au texte. Pour nous, aujourd’hui, qu’est-ce que cela veut dire ? En particulier ceci : à l’époque d’Aristote, il ne peut y  avoir une unification de la physique céleste et de la physique terrestre : le Ciel a son ousia propre ; la Terre a ses éléments propres. Mais alors, à quelle condition cette unification sera-t-elle possible ? En particulier, qu’on se détache  de toute considération de la substance (qui apparaîtra après coup comme un obstacle épistémologique).

D’où vient cette signification ? Sans doute de l’école de Pythagore. C’est dans cette pensée, à la fois mathématique et mystique, que se trouve formulée d’une part la distinction entre le Cosmos, région du supralunaire- ce qui est au-delà de la Lune- et notre région terrestre, qui est sub-lunaire. Dans le supra-lunaire, il y a ordre et beauté- c’est à dire : harmonie. Dans le sublunaire, il y a du désordre, du changement, de la corruption. De même, chez les pythagoriciens, la sphère est la figure parfaite.

En gros, pour un pythagoricien comme Philolaos de Crotone, voici comment se disposent les uns par rapport aux autres le Ciel (il serait plus juste de dire : le lieu céleste), la  Lune  et la Terre.


Philolaos a vécu entre 450 et 400 avant JC. Aristote hérite en partie de cette représentation. Ce que nous pouvons retenir, c’est, d’une part, que d’après la première signification, le lieu céleste est situé au niveau de la sphère des étoiles fixes. D’autre part, il n’y a rien au-delà de cette sphère : « tous les corps qui sont dans un lieu nous sont perceptibles. Il n'y a donc pas de corps infini en dehors du ciel. Ceci même n'est pas vrai seulement avec cette restriction ; il faut dire, absolument parlant, qu'il n'y a point de corps en dehors du ciel » ( Du Ciel, 276 a, même traducteur). En  d’autres termes, le lieu céleste finit l’univers.

Deuxième signification :
« le ciel est le corps qui est continu à cette extrême circonférence de l’univers où sont la lune, le soleil et quelques autres astres ». (ἐν ᾧ σελήνη καὶ ἥλιος καὶ ἔνια τῶν ἄστρων) (sélènè, hélios, astrion). Selon cette deuxième signification, tout baigne dans le ciel - c’est à dire : dans ce lieu empli d’une substance. Du moins, tout ce qui est au-delà de la lune.

Troisième signification :
« ciel » désigne « le corps qui est enveloppé par la circonférence extrême »: « λέγομεν οὐρανὸν τὸ περιεχόμενον σῶμα ὑπὸ τῆς ἐσχάτης περιφορᾶς » Selon cette troisième signification, le ciel est à la fois contenu à l’intérieur de la sphère des étoiles fixes, et contenant de tout ce qui est visible.

On peut ainsi constater qu’il y a une progression dans ces trois significations. Le ciel est à la fois ce qui est enveloppé dans une certaine limite et ce qui contient. A partir de là se met en place le modèle des deux sphères : la sphère celeste et la sphère terrestre. Tout l’enjeu des observations sera d’expliquer les mouvements visibles dans les deux sphères.

RESULTATS :

    La lecture de ce texte est un échec. Et nous tenons à laisser notre tentative telle quelle. Il peut aussi y avoir des échecs de tentative d’interprétation en philosophie. Il y a des échecs de compréhension en philosophie comme il y a des échecs dans d’autres domaines du savoir. Et ces échecs sont intéressants. Pourquoi ?
·         Il n’a pas été question de donner la bonne interprétation. Bien sûr, nous pouvons cerner globalement la structure de l’extrait, les trois significations de « ciel ». Mais nous assumons de laisser telle quelle notre tentative pour la raison suivante : comprendre ce texte aurait nécessité que nous en tirions les conséquences pour la  manière antique d’observer le ciel. Pour comprendre ce texte, il faudrait disposer d’une meilleure connaissance de la science grecque


·         Ces échecs sont intéressants parce qu’ils permettent de mesurer un écart : lorsque nous lisons un texte ancien, nous ne pouvons accéder à son sens si nous partons de nos propres significations. 


     M.LUQUET

21 octobre 2015

Le traité du ciel d'Aristote

Durant notre deuxième séance, nous avons étudié un extrait du Traité du Ciel d’Aristote. Dans cet extrait, il explique les trois sens différents qu’aurait le mot « Ciel ».

  •   Selon une première définition, le ciel  est le corps naturel à l’extrême périphérie de l’univers, le plus grand ensemble, une limite qui renferme l’Univers, où réside le Divin et l’Inébranlable. Par opposition au monde (où nous vivons). Le monde et le ciel n’ont pas la même dignité anthologique. En d’autres termes,  Aristote fait ici une hiérarchisation entre, d’une part, le monde, le microscopique, et d’autre part l’univers, le macroscopique. Ainsi ce qui appartient au ciel, lieu de la perfection, l’au-delà, est d’une valeur plus élevée que ce qui appartient au monde, l’ici-bas. De plus, le ciel serait le lieu de l’inébranlable, c’est-à-dire où tout est incorruptible, où il n’y a pas de dégradation, par opposition au monde, lieu du changement (la croissance, la décroissance, la vie, la mort…). Ce qui est constant dans le monde, ce sont les rapports entre les phénomènes (physiques).

  • Ainsi Aristote fait une distinction : des lois physiques qui sont valables pour un degré de la réalité ne sont pas valables pour un autre. La science moderne avec Newton révolutionnera ce concept, avec une unification universelle (des lois physiques).
  •   Une deuxième définition suggère que le ciel serait un contenant, dans lequel sont les astres. (cf. schéma 3 : sphère des étoiles fixes). Cependant, ces astres comme la Lune, le Soleil ou Jupiter, sont observables. Nous avons pu observer un changement dans ces astres. Les idées d’Aristote sont alors bouleversées.
  •  Enfin, un dernier sens au ciel serait l’ensemble de l’Univers, lui-même enveloppé dans la circonférence extrême.

Dans le schéma 2, sont représentés les mouvements des éléments (du monde sublunaire), comme nous les avons vus durant la première séance. Cette conception des mouvements d’Aristote conforte ses idées sur le cosmos : ainsi le feu a un mouvement ascendant car il cherche à rejoindre son lieu de repos, le Soleil. L’eau et la Terre ont un mouvement descendant car ils tentent aussi de rejoindre leur lieu de repos, le bas.
fig. 1
fig. 2


fig. 3

30 septembre 2015

Les théories du mouvement aristotéliciennes

Notre première séance a fait l'objet, en guise d'introduction, d'une lecture puis discussion de textes d'Aristote (384 av.J.-C. - 322 av.J.-C.) , extraits de ses théories de Physique sur les principes du mouvement. Lors de notre conférence, il nous faudra savoir contextualiser de manière philosophique ce qu'on aura étudié.
Mais la conception d'Aristote au IVe s. av. J.-C. n'est pas la même que la notre de nos jours. 
Au cours de notre réflexion nous nous sommes interrogés sur les points suivants:

            • Le mouvement et le repos sont-ils ou non deux états différents chez Aristote ?
            • Comment comprend-on sa référence à la nature ?
            • Quelles sont les différentes sortes de mouvements violents que l'on peut distinguer ? 


Synthèse de la réflexion du groupe (alimentée par les commentaires de M. Luquet et M. Ray) :
  • Pour Aristote, le mouvement et le repos sont deux états contraires. Un objet est porté naturellement vers son lieu de repos. Le repos est l'absence de mouvement. Un mouvement peut être naturel (ex:un animal marche pour chercher de la nourriture) ou accidentel/forcé/violent (ex:le poisson volant dont le lieu de repos naturel est l'eau, saute au-dessus de l'eau dans un mouvement violent. Un corps pesant peut s'élever, si quelque force lui imprime un mouvement contre nature et violent.

    Aristote distingue aussi tout comme pour le mouvement, le repos naturel et repos forcé. On a dit qu'un objet est naturellement porté vers son lieu de repos. Ainsi un repos forcé est une absence de mouvement alors que l'objet doit retourner à son milieu naturel, de repos, quelque chose l'en empêche. Un corps "pesant" peut être retenu en haut, bien que sa tendance soit d'être porté en bas ; c'est un repos forcé.
  • Pour Aristote, la nature, ou quelque chose de naturel, c'est ce qui est propre à l'objet, ses caractéristiques essentielles. La nature tend vers le repos. (L'aimant a une nature contradictoire) Les lois naturelles décident de ce qui est contre nature et de ce qui ne l'est pas.
  • Les différentes sortes de mouvements violents qu'Aristote a pu distinguer sont la traction, la projection, le serrement, l'écartement, la condensation, la rotation ou le roulement (contradiction par rapport à la physique d'Aristote car la boule sur une pente continue de rouler alors qu'elle est à priori déjà sur son lieu de repos, le bas (La terre)).